Le marché du voisin

Publié le 11 Septembre 2015 par Philippe CUQ

C’est la saison des foires au vin. Le battage a déjà commencé, et vous allez être soumis au matraquage de la grande distribution et des chaines industrielles (je veux dire Nicolas, surtout, qui est en fait le cache-nez du Groupe Castel, le producteur de « La Villageoise »).

Pour avoir quelques éléments sur ces célèbres foires, je vous recommande l’écoute de cette émission de France Inter. C’est bref, ça pique un peu, mais au moins, ça clarifie quelques idées reçues et ça donne le point de vue de divers professionnels et amateurs.

Le marché du voisin

Ceci dit, il n’y a pas de foire aux vins dans Le Lieu du Vin, le magasin que j’ai créé il y a bientôt deux ans au 3 boulevard Gambetta, dans le 20ème parisien.

Et à cela il y a plusieurs raisons. En voici quelques-unes…

J’ai crée cette cave avec un souci éthique qui m’amène à pratiquer des prix honnêtes. C’est à dire des prix qui rémunèrent le travail des vignerons, qui rémunèrent le mien (même si c’est encore difficile), et nos investissements à tous deux. J’essaie de proposer des vins que j’aime à des prix qui restent accessibles pour les clients (ce qui signifie par exemple que je ne spécule pas sur certains vins, voire que je ne répercute pas toutes les augmentations en cas de soucis ponctuel d’un vigneron). Ceci dans le but de permettre à chacun de vivre correctement de son métier et de rendre accessible au maximum de personnes les plaisirs d’un bon vin, à partager entre amis. Cela m’amène à avoir un choix important entre 6 et 15 euros, même si je propose des Pomerol, Clos Saint-Denis et autres Châteauneuf-du-Pape qui dépassent allègrement ce budget. Mais ce sont des prix justifiés, et pas stratosphériques !

Je privilégie, avec les vignerons comme avec mes clients, la recherche d’une relation durable. Il n’est pas question que je mette la pression sur un vigneron pour qu’il baisse ses prix et que je puisse afficher une remise sans en supporter les conséquences. Il n’est pas question que je fasse des pseudo-réductions sur des vins que je vendrais trop cher le reste de l’année, ou pire, que j’augmente mes prix de 30% avant d’afficher une réduction de 25% (si, si, je vous assure, ça se fait…).

Le marché du voisin

Je recherche toujours les vins les plus honnêtes possible, fait par des vignerons que j’apprécie : respectueux de leur terroir, soucieux de leur environnement et réalisant des vins sans maquillage chimique ou technologique. C’est bien meilleur pour notre santé et celle des gens qui œuvrent pour le faire. C’est plus compliqué, plus aléatoire, mais ô combien plus intéressant et plus plaisant. C’est aussi à l’exact opposé des vins de la grande distribution qui a créé ces « foires ovins » et abuse des médailles et autres collerettes, sans aucune valeur d’ailleurs, puisque vendues à ceux qui les payent…

Je ne travaille pas avec des « blockbusters » qui produisent des centaines de milliers de bouteilles (voire 10.000.000 de bouteilles pour un des faiseurs les plus célèbres du sud-ouest, qui a réussi à continuer de se faire passer pour une petite exploitation peu connue) sur des centaines d’hectares. Les vins que je vends, sauf rares exceptions (qui doivent le mériter), sont tous des vins de vignerons, les pieds dans les vignes et la tête dans les étoiles. Du coup, nul besoin de centaines de tonnes de prospectus papier glacé pour écouler les stocks : il y en a déjà si peu des vins de ces femmes et ces hommes passionnés…

Notez que, outre le mésestimé muscadet (à tort, comme dit dans l’émission), vous trouverez dans le Lieu du Vin tout autant des vins aveyronnais (on ne se refait pas) que des vins de Lorraine, de Corse, d’Italie, de Loire, du Sud-Ouest, de Provence, du Rhône, du Beaujolais, de Bourgogne, des champagnes (qui ne passent pas 6 mois sous les néons), d’Auvergne, des USA, du Roussillon du Portugal, du Languedoc, d’Argentine, l’Alsace, de Savoie, du Jura, et.. de Bordeaux !

Ceci étant, les seules promotions que vous trouverez dans mon magasin portent soit sur les stocks que j’ai racheté avec le magasin (il en reste encore un peu, très très peu), soit sur des bouteilles pour lesquelles je souhaite faire un effort par exemple pour aider un vigneron en lui passant du volume, ou pour faire connaître une appellation que je trouve mésestimée ou un producteur qui me semble ne pas être reconnu à sa juste valeur.

Et enfin, ici, on fait la foire toute le temps, ou le marché, comme vous préférez… Vous savez, ces lieux ouverts où les gens viennent pour acheter de bons produits, en circuit court, en discutant, en souriant, en rencontrant les producteurs, en goûtant souvent avant d’acheter… Ici, pas de musique abrutissante sous les néons blafards des hangars de périphérie de ville et leurs hectares de goudron et de panneaux publicitaires qui essaient de voler votre « temps de cerveau disponible ». Ici, on y vient pour se faire plaisir, pas par obligation. On n’y vient pas pour acheter une remise sur un produit industriel de toutes façons trop cher. On y vient pour trouver une occasion de partage et de plaisir. Pour échanger nos opinions et nos découvertes. On y vient en tant qu’humain et citoyen.

Cela fait 18 mois que Le Lieu du Vin a ouvert et j’espère qu’il sera encore longtemps en mesure de vous accueillir pour vous faire partager ses découvertes et coups de cœur. Parce que le vin, ce n’est pas un produit comme les autres : c’est une culture et c’est du plaisir. Et c’est un plaisir que vous choisissez de vous faire, de partager et d’offrir sans contrainte et sans obligation. C’est pour cela que j’ai toujours le sourire.